Au milieu des années 1960, l’espace devient un nouveau territoire stratégique. Les grandes puissances s’y affrontent à coups d’innovations technologiques, de satellites et de lanceurs toujours plus performants. Dans cette conquête encore balbutiante, la France refuse de rester spectatrice. Elle veut compter.
C’est dans ce contexte qu’en février 1966, un satellite baptisé Diapason 1A est placé en orbite. À bord, pour la première fois, une batterie Saft destinée à alimenter durablement un satellite sur une orbite terrestre. Ce lancement marque le début d’une aventure qui lie depuis soixante ans Saft à l’histoire spatiale française, européenne et mondiale.
Une volonté française de maîtriser l’espace
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France engage une politique ambitieuse pour devenir une nation spatiale à part entière. L’objectif est clair : maîtriser à la fois les lanceurs, les satellites et leur exploitation, afin de ne dépendre d’aucune autre puissance.
Dès la fin des années 1950, les premiers lanceurs français voient le jour. Parmi eux, les fusées Véronique. Ce nom n’a rien d’anecdotique : il est issu de la contraction de Vernon, ville normande où se trouvait un centre majeur de recherche sur les moteurs de fusées, et du mot “électronique”. Les Véronique constituent les premières briques technologiques de l’architecture spatiale française. Elles permettent d’acquérir de l’expérience, d’augmenter progressivement les masses utiles embarquées et de préparer les générations de lanceurs suivantes.
Elles seront bientôt suivies par les lanceurs surnommés les “pierres précieuses”, comme Diamant, Topaze, Émeraude, Safir et Rubis. C’est l’un de ces lanceurs Diamant qui permettra à la France d’entrer officiellement dans le club très fermé des puissances spatiales.
Du premier satellite français à la première mission durable
En novembre 1965, la France lance Astérix, son tout premier satellite. Un succès symbolique, mais encore expérimental. Astérix ne dispose pas de système de puissance autonome : ni panneaux solaires, ni batterie. Il prouve que la France sait mettre un objet en orbite, mais pas encore l’exploiter durablement.
Quelques mois plus tard, Diapason 1A change la donne.
Lancé en février 1966 depuis la base d’Hammaguir, en Algérie, Diapason 1A devient le premier satellite français entièrement opérationnel. Conçu pour une mission de deux ans en orbite basse, il embarque des instruments scientifiques destinés à des mesures expérimentales, notamment sur l’effet Doppler, afin de préparer les futures applications spatiales.
Surtout, Diapason 1A est équipé d’un véritable système de puissance. Des panneaux solaires produisent l’énergie, et une batterie assure l’alimentation du satellite lors des phases d’éclipse. Cette batterie de technologie Nickel-Cadmium est alors fournie par Saft.
Le CNES et la naissance d’un écosystème spatial
À cette époque, la gouvernance spatiale française s’organise. Le Centre National d’Études Spatiales, le CNES, est créé en 1961. Il devient l’architecte et le pilote des programmes spatiaux français. Le CNES conçoit les missions, en définit les objectifs scientifiques et techniques, coordonne les industriels et assure l’analyse des données en vol.
Pour Diapason 1A, les performances du satellite et de sa batterie sont suivies via les télémesures analysées par le CNES, qui informe ensuite les industriels des résultats. La mission dépasse largement les attentes initiales : prévue pour deux ans, elle restera opérationnelle pendant six ans.
Un premier signal fort pour l’avenir.
Soixante ans d’innovation en orbite
À la suite de Diapason, les programmes s’enchaînent. Le Nickel-Cadmium s’impose pendant plusieurs décennies comme la technologie de référence pour le spatial, équipant notamment les premières générations de satellites Météosat et de nombreuses missions internationales. Saft maitrise totalement ce type de batterie l’utilisant aussi sur des applications de transport comme le secteur ferroviaire ou l’aviation.
Dans les années 1990, Saft qualifie la technologie Nickel-Hydrogène, combinaison d’un accumulateur Nickel-Cadmium et d’une pile à combustible, avant d’introduire le Lithium-ion au début des années 2000. Chaque transition technologique représente un saut de complexité et de performance, mais aussi un risque maîtrisé, validé mission après mission.
Certaines performances deviennent emblématiques. Le premier satellite de télécommunications W3A, lancé en 2004 avec une batterie Lithium-ion Saft, a fonctionné vingt-deux ans en orbite Géostationnaire avec une perte de capacité record inférieure à 3 %. D’autres missions, comme le satellite solaire SOHO lancé en 1995, dépassent aujourd’hui les trente ans en orbite. Et en 2014, la mission Rosetta et son atterrisseur Philae, les premiers à s'être posés sur une comète, à 500 millions de kilomètres de la Terre.
Une histoire qui continue de s’écrire
Soixante ans après Diapason 1A, les batteries Saft continuent d’alimenter les missions spatiales les plus exigeantes, qu’il s’agisse d’observation de la Terre en orbite basse y compris des constellations comme Iridium Next, de télécommunications en orbite géostationnaires, de positionnement en orbite MEO, d’exploration lunaire ou de missions scientifiques lointaines.
Derrière ces performances se cachent une aventure humaine faite de savoir-faire, de paris technologiques et de transmission d’expérience.
Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est la continuité avec la progression des performances. Les technologies ont évolué, les missions se sont complexifiées, mais l’exigence reste la même : fournir une énergie élevée de manière fiable car aucune réparation n’est vraiment possible en orbite, sur des durées qui dépassent souvent toutes les prévisions initiales de plusieurs dizaines d’années tout en répondant à des exigences sévères comme les vibrations et chocs lors des lancements, le vide sidéral, les radiations ainsi que les températures extrêmes allant de -150°C à plus de 250°C. Quand on regarde en arrière, tout commence vraiment avec Diapason.